Pascal Paoli et la légitimité de la revendication nationaliste Corse

Nous pourrions remonter bien antérieurement au XVIII ème
siècle pour affirmer la légitimité de la revendication nationaliste Corse. En
effet et bien avant le siècle des Lumières les différents occupants de notre
terre, souvent usés par les guérillas, ont reconnu à notre île un statut
différencié même s'ils assuraient leur présence par la force et la
répression.
Il se trouve que la Corse aura été lors du XVIII ème siècle la nation
qui assumera la rupture entre un ordre ancien et le monde moderne. Les
révolutions de Corse se feront sur la base des idées des encyclopédistes et
pour la première fois on assistera à un combat visant à promouvoir la
démocratie. La vieille Europe n'avait connu jusqu'alors que les guerres entre
Princes soucieux d'accroître leurs possessions territoriales.
Bien avant Washington, Lafayette ou les généraux de Valmy, un homme émergera
comme le défenseur du peuple contre les despotes, ce sera le Général Pasquale
PAOLI.
Pasquale PAOLI est né le 5 avril 1725 au hameau de la Stretta à Morosaglia. Il
est le fils de Hyacinthe membre du gouvernement national Corse qui s'est
insurgé contre Gêne en 1730. L'engagement de sa famille vaut à Pasquale de
suivre son père en exil à Naples en 1739. Dans cette ville les réseaux
Corses sont puissants et les soldats originaires de l'île sont très
appréciés. Hyacinthe devient Colonel du Régiment Corsica. Pasquale qui à
suivi l'enseignement du philosophe, alors économiste réputé, GENOVESI devient
Sous-lieutenant dans le régiment de son Père. Comme jeune Officier il
est envoyé en garnison à l'Île d'Elbe. C'est de là qu'il est appelé en
Corse par une Cunsulta, assemblée du peuple, qui l'élit général de la nation
en 1754. Dans une Europe où les commandements militaires sont liés à
l'origine Noble ou à l'achat d'une charge, le général Paoli commence sa
carrière de chef par un processus électoral.
Pasquale PAOLI avait peu de goût pour la chose militaire, il est surtout un
intellectuel qui idéalise fortement son Ile. Il a lu tous les grands
philosophes de cette première moitié de siècle et il n'ignore rien des
écrivains Grecs et Romains. Il correspond avec Jean Jacques ROUSSEAU qui se
prend de sympathie pour ce petit peuple Corse "qui un jour étonnera le
monde" sic ...
En 1755 Pasquale PAOLI promulguera sa constitution, qui fixera avant la
Révolution Américaine qui s'en inspirera et 34 ans avant la Révolution
Française les bases d'une république moderne avec partage des pouvoirs entre
exécutif, législatif et judiciaire. C'est aussi le premier texte européen
depuis l'habeas corpus anglais de 1769 qui garanti les libertés individuelles
à l'heure des lettres de cachet.
Sur le plan de la défense, PAOLI fait le choix d'une armée populaire basée
sur l'enrôlement au sein de milices paysannes. La permanence opérationnelle
était assurée par une "truppa pagata" professionnelle comprenant des
Régiments de mercenaires étrangers. Les miliciens pouvaient ainsi continuer à
assumer les travaux des champs et les tâches citadines. Une marine de guerre
sortie de chantiers crée pour l'occasion fut prestement construite. Cette
marine connut un succès retentissant par le blocus et l'occupation de l'île de
Capraia au nord-est de la Corse. Cette victoire a été sous estimé alors
qu'elle sera sans doute une des raisons de l'hostilité des puissants vis à vis
de PAOLI. En effet ce succès naval avait de quoi inquiéter les puissances
maritimes de la région. Leurs flottes puissantes pourraient subir la diversion
opérée par des navires légers, capables de s'infiltrer rapidement près des
convois commerciaux et leurs infliger des pertes.
Il était totalement inacceptable pour les amiraux du roi de France et pour ceux
de Gêne de voir le canal Toscan en proie à l'insécurité.
Mais ce qui inquiétait au plus haut point les despotes était le caractère
révolutionnaire et progressiste de la République Corse.
Sur le plan de l'éducation, l'Université de CORTI fut crée et il fut ouvert
une école dans chaque village. Une imprimerie nationale fut installé a
CERVONI. L'ILE ROUSSE devint un port de commerce florissant.
La conjonction de tous ces faits et surtout le besoin pour le Roi de France de
faire oublier à l'opinion la perte du Canada le conduisent à l'achat de la
Corse. La conquête se fait par la trahison et la violence et enfin l'épilogue
survient lors de la bataille de PONTE-NOVU le 9 mai 1769 où les milices Corses
sont vaincues dans le sang en faisant l'admiration de ROUSSEAU qui qualifie
l'expédition "d'inique et ridicule qui choque toute justice, toute
humanité, toute politique, toute raison". ( Lettre à Monsieur de Saint
Germain, 17 février 1770 in oeuvres complètes tome 12 page 195 ) .
PAOLI aurait pu encore organiser une résistance à l'occupant qui n'est pas
encore implanté dans l'ensemble de l'île. Il aurait alors bénéficié du
soutien inconditionnel de la paysannerie et des rudes bergers qui quoi que
constituant le gros des milices ne sont pas tous tombés à PONTE-NOVU.
Cependant PAOLI reste un humaniste, il comprend qu'au delà de la conquête d'un
territoire c'est lui, le porteur d'idées novatrices que l'on veut abattre. Il
pense que la répression contre son peuple sera encore plus dure
s'il est présent dans l'île. Voulant préserver les familles de ses
combattants il choisit l'exil. Il rejoint l'Angleterre en passant par l'Italie
et l'Europe du nord, ou partout il est acclamé et ou malgré sa peine il doit
faire bonne figure.
Les années passent, la royauté tombe et les révolutionnaires jacobins qui se
réclament de PAOLI le rappellent d'exil. En 1790 PAOLI est accueilli à Paris
comme triomphateur. LAFAYETTE lui présente, honneur suprême, 100 000 gardes
nationaux rassemblé au Champs de Mars. Maximilien de ROBESPIERRE le reçoit au
Club des Amis de la Constitution et lui déclare: "vous avez défendu la
liberté à une époque ou nous n'osions même pas l'espérer".
PAOLI ne s'attardera pas à Paris car il nourrit peu de goût pour ces
intrigues et ces règlements de comptes qui voient les Chefs de la Révolution
envoyés à la guillotine par leurs pairs. Il rentre en Corse ou une
génération le sépare à présent de leaders ambitieux qui voient d'un mauvais
oeil son retour, après quelques épisodes militaires malheureux ses ennemis
locaux le font déclarer hors la loi. Il part alors pour son dernier exil à Londres
où il décède le 5 février 1807.
L'épopée Paolienne a ceci d'original qu'elle est à la fois la thèse et
l'antithèse de la révolution Française. Le général PAOLI a montré que les
théories progressistes du siècle des Lumières pouvaient être mise en
pratique. Grâce à lui les révolutionnaires Américains et Français se sont
dit "c'est possible". A Ponte-Novu c'est le principe de la liberté
des peuples à disposer d'eux même qui est assassiné en même temps que les
milices populaires Corses. La République Française en reprenant l'héritage du
Roi de France sans apporter réparation mettra le doigt dans l'engrenage fatal
qui la conduira à accepter la traite des Noirs qui ne se terminera qu'au XIX
ème siècle et le colonialisme en Afrique et en Asie qui ne s'est terminé
récemment que dans les années soixante.
Deux siècles plus tard la République Française n'a pas entièrement réalisé
les rêves et les promesses des révolutionnaires de 1789. Marianne ne pourra
pas longtemps nier que la République Corse a été noyé dans les eaux de Golu.
L'œuvre exemplaire du Général Pasquale PAOLI est la pour rappeler ce crime
commis envers un peuple libre. Pasquale PAOLI voulait la république pour tous,
en cela il a légitimé le Nationalisme Corse qui est très spécifique et
nullement réactionnaire mais tourné vers le progrès universel.
Joseph GRAZIANI