Le S.T.I note la copie
de M. JOSPIN.

Refusés aux tables
de Matignon : Le message dont nous sommes porteurs et qui nous vaut un
ostracisme sans précédent
I/La dérive inattendue et dramatique du processus : des accords de Matignon aux accords de maquignons.
-L’ouverture des négociations : L’exécution politique du préfet
Erignac et la peur de voir le commando devenir un modèle d’action et
de refondation au sein d’une clandestinité parcellisée, divisée
et disséminée a conduit le gouvernement Jospin à reconnaître
dans les attentats d’Ajacciu le signe de cette métamorphose du nationalisme qu’il fallait neutraliser. Pour éviter que le modèle basque
ne soit introduit en Corse, contre toute attente et à l’encontre de ce
qu’il avait toujours affirmé le gouvernement a ainsi ouvert des négociations afin de mener ce
projet à son terme.
-Le présupposé
à celles-ci : La Corse serait enfin suffisamment acculturée pour que l’on puisse envisager un développement
de l’île sans sa culture et sans les hommes qui la pratiquent et s’en
revendiquent. « La
Corse sans les Corses »,
entendez ceux qui témoignent par leur conduite et leurs productions de
leur culture, est toujours d’actualité. Le facteur objectif à
ce constat réside dans le renversement opéré durant la
dernière décennie : les Corses de deuxième génération
sont minoritaires sur leur terre !
-Le préalable aux accords de Matignon :Tout peut être
négocié à Matignon sauf les outils de production de la
francité et de l’adaptation cynique à la modernité (mondialisation).
L’exemple du système
éducatif est stupéfiant.
Accordant aux D.O.M-T.O.M un décret de mise hors-norme fondé
sur le droit du sang, la république française refuse ce même
décret que nous revendiquons à partir du droit que nous ouvre
notre culture. Accorder 1500 points à tous les professeurs
certifiés qui désirent mettre un terme à l’exil, sur la
base de leur scolarité dans l’île, paraît aberrant !
1000 points sont attribués pour les vœux portant
sur les académies de la Guadeloupe, la Guyane, la Martinique et la Réunion,
pour les agents originaires ou dont le conjoint ou
les ascendants directs (père ou mère) sont originaires du DOM
demandé,
sous réserve de justification de cette qualité par un document
joint à la demande)B.O spécial N°15 du 30 Novembre 2000.
A/Le
système éducatif demeure le seul lieu de transmission possible
des savoir-faire indispensables au savoir-vivre.
En
effet, les espaces et le temps nécessaire à la transmission de
ceux-ci disparaissent à mesure que les corps sociaux explosent, laissant
derrière eux des enfants désœuvrés, sans compétences
et sans repères. Le rôle dévolu à la famille et à
la communauté en matière éducative est devenu aujourd’hui
impossible à accomplir.
De son coté, l’appareil idéologique d’Etat a des ratés.
Conçu pour lutter contre les appartenances indésirables sous prétexte
de lutter contre l’ignorance inhérente à celles-ci, l’appareil
éducatif a favorisé la reproduction des héritiers et de
leur culture d’appartenance. A l’exclusion des appartenances indésirables
a succédée, fruit de la disparition de celles-ci, la production
massive d’être sans attaches ni repères dont l’intégration
est régie aujourd’hui par les règles du marché !
A
force de penser la culture contre les corps d’appartenances afin d’aménager
le monde à partir des appartenances à la seule culture marchande,
nous avons produit l’absurdité suivante : des êtres qui voulaient
se cultiver en dehors de toute culture et aujourd’hui des êtres qui refusent
de se cultiver en refusant toutes cultures !
La culture corse, comme toute culture n’existe qu’à la
faveur des relations concrètes que nos entretenons quotidiennement, au
sein desquelles nous pouvons nous remettre en question et nous cultiver, ou
nous laisser aller et reproduire machinalement ce qui nous a été
légué. Ces relations peuvent s’organiser autour de quatre grands
axes qui sont des indicateurs précieux pour évaluer l’identité
d’un peuple : le rapport à la parole et au silence (la mesure est
alors le dialogue) ; à l’étranger et au voisin (la mesure
est la rencontre), au travail et au don (la mesure est l’œuvre) enfin, le rapport
à la mort et à la naissance (la mesure est le témoignage).
Que nous propose l’éducation
nationale ?
1/Qu’en est-il aujourd’hui pour nos élèves
du rapport à la prise de parole et au silence, de l’accès au savoir
et à la compréhension ?
75%
d’une classe d’âge parvenu en fin de cycle de formation (en terminale)
sont incapables de prendre la parole et de tenir une argumentation cohérente !
nous n’avons jamais reproduit
avec une telle fidélité les injustices sociales !
E
2/Qu’en est-il aujourd’hui pour nos élèves
de leur pratique du temps, du rapport à l’histoire, aux événements
présents et à leur avenir ?
Fondée sur la reproduction de l’ordre
existant, l’école n’enseigne pas le témoignage, mais cultive la
répétition.
Notre rapport au
temps, à l’apparition de ce qui nous est étranger et à
la disparition de ce qui nous est familier se fond aujourd’hui dans une jouissance
sans pareil où le tourisme devient un mode de vie.
La génération
Zapping succède à la génération de la mémoire
morte et du dictionnaire de la civilisation française en boite, tandis
que règne souveraine une indifférence à ce qui fut, une
inattention à ce qui est et une ignorance de ce qui pourrait advenir.
Les noms de lieu et les lieux de la mémoire commune qui font notre peuple
sont abolis et, avec eux la production fantasmatique de la 3ème
république. Les enfants ne connaissent pas l’histoire de la Corse, dit-on,
mais ils ne connaissent pas plus l’histoire de la France et, les connaîtraient-ils
n’en seraient pas moins incapables, comme leurs aînés, de témoigner
de ce qui fut sans pour autant accepter ce qui est ! Si l’histoire, comme
le rappelait Pierre Nora est une discipline sous surveillance, c’est qu’il en
va du mythe comme de l’oubli dans notre indolence quotidienne face à
ce qui devrait nous indigner.
Notre peuple historique repose sur une éthique du témoignage
où chacun sait par ses appartenances qu’il n’est pour nous qu’une façon
d’initier notre mort, c’est de pouvoir se taire sans être tu, il n’appartient
aujourd’hui qu’au système éducatif, de par la disparition des
familles éducatives de transmettre un rapport et une pratique du passé,
du présent et de l’avenir qui ne soit plus fondées sur un oubli
du temps et de notre mortalité.
3/Qu’en est-il aujourd’hui pour nos élèves de leur
pratique de l’autre, de la rencontre et de l’hospitalité ?
Les rencontres en
matières de langues et de cultures étrangères, comme les
rencontre dans le milieu scolaire, ont ceci de particulier qu’elles s’inscrivent
dans l’ignorance de notre culture et de sa pratique.
Défier l’autre
en tant qu’il me ressemble apparaît aujourd’hui comme une humiliation
à sa personne et le respecter dans l’affirmation de sa différence,
une preuve de lâcheté dans le jugement !
Comment pourrait-on
rencontrer l’autre lorsqu’on a pas conscience de soi, ni de ses appartenances ?
On parle alors d’échanges, de préférence avec l’identique
(même pouvoir d’achat) sur la base d’une pratique commune de la consommation.
D’euro-disney au voyage d’étude à l’étranger, de ce voyage
en quoi consiste la scolarité, les enseignants vous diront leur désarroi
devant le refus collectif de rencontrer l’autre, ailleurs que dans la consommation
commune. En matière de relation à l’autre règne une indifférence
souveraine ponctuée par l’émulation marchande ou la concurrence
stupide. Le racisme le plus ordinaire envers les étrangers qui sont pauvres
fait contraste avec l’admiration pour tout ce qui brille, se montre et étale
sa richesse. En organisant les filières et les cursus de formation dans
l’optique d’une reproduction des élites, l’école républicaine
à structurer la relation à l’autre sur la base de l’indifférence
à ce qui n’apporte rien en terme de reconnaissance et de carrière.
Aujourd’hui prédomine dans les classes une indifférence à
l’autre et à soi à la mesure de l’indifférence que les
élèves portent à la communauté, à son passé
et à son avenir.
En lieu et place
de l’hospitalité et du don qui a conduit notre peuple dans l’histoire
à ne jamais refuser les rencontres, mais à les assumer, se tient
aujourd’hui une jeunesse frustrée qui de l’indifférence à
la peur refuse d’affronter la modernité.
C/-Le système éducatif est le lieu privilégié
d’apprentissage de la liberté et de mise en œuvre de la démocratie.
En privilégiant officiellement l’analyse
critique et la réflexion, le système éducatif français
se veut un apprentissage de la citoyenneté. Pourtant, le fait marquant
de ces 10 dernières années est la suppression des exercices d’analyse,
de critique, de démonstration et de réflexion dans l’ensemble
des disciplines. La réforme des collèges, puis la réforme
des lycées délivrent aujourd’hui la volonté qui y préside :
l'activisme populiste. Ajouter à cela un aménagement disciplinaire
de l’espace et du temps, une ignorance crapuleuse des traditions qui ne s’inscrivent
pas dans l’idéologie nationale française et vous découvrirez
ce précipité d’horreur éthique, politique et esthétique
que constitue la scolarité. Les
élèves, malgré les milles et une réformes sans conséquences
véritables, vivent toujours la scolarité comme un vol de leur
liberté et un viol de leur dignité. Face à cela, nous enregistrons
le refus de faire de la Corse une région pilote et souveraine pour un
nouveau système éducatif.
III/Le sort réservé à ceux qui pratiquent et transforment la réalité de ce système :
CASTELA , ANDRIUZZI ;
722ème jour de prison !
Alors que bon nombre de prévenus attendent en liberté
leur jugement dans des scandales qui affectent le cœur de l’État, ceux
qui se battent pour que nos enfants aient un avenir et non un destin sont soumis
à un régime carcéral d’exception. Le S.T.I apporte ainsi
son soutien fraternel à la démarche humanitaire entamée
par le Comité Anti-Répression et réaffirme sa solidarité
sans faille avec ses adhérents injustement incarcérés :
Vincent ANDREUZZI et Jean CASTELA.
IV/Un indispensable sursaut.
-Il est
temps de donner la parole au peuple,
-de descendre dans la rue pour faire connaître
notre volonté :
Nous appelons tous les Corses dignes de ce nom à descendre dans la rue le samedi 03 mars
pour s’exprimer, afin que Matignon engage un dialogue véritable où les problèmes
seront clairement posé concernant les insuffisances de la république
française et la volonté de notre peuple.
Nous proposons une réunion d’organisation
ouverte à tous les Corses de bonne volonté le samedi 20 janvier.
Nous préciserons à une date
ultérieure le lieu de cette réunion préparatoire.

Per una societa corsa di
diritte è di libertà
Persa a cultura, mortu u populu !