Texte de la conférence de presse du 07 10 2000
" Core in fronte e strada diritta "

·Le sens de la démarche " Présenza Naziunale ".
·Le développement économique et social.
·De la nécessité de construire une économie identitaire ancrée dans la modernité.
·La spéculation immobilière, un problème présent et à venir.
·Un défi pour l'avenir : revitaliser l'agriculture et l'élevage.
· La reconnaissance juridique du peuple Corse.
· Comment va se perpétuer notre action ?

 


·Le sens de la démarche " Présenza Naziunale ".

Notre démarche s'inscrit dans la continuité de celle que G.M Rossi avait initié à la fin des années 80 à savoir : "Présenza Naziunale". Elle entend concrétiser la volonté qu'il avait exprimé de relancer un groupe de réflexion qui intègre la société civile en un temps où celle ci est bien souvent mise à l'écart.
L'assassinat dont il a été victime avec G.C Fratacci le 7 Aout 2000, loin de nous décourager, nous pousse à nous investir avec plus de résolution encore dans cette voie.
Aujourd'hui il ne s'agit pas d'ajouter au paysage politique une énième organisation dite "nationaliste" qui enferme ses adhérents dans un carcan idéologique et tombe dans le piége du fonctionnement clanique auquel n'ont pas échappé ceux la même qui prétendait le combattre. Notre tâche, notre vocation, est d'exister comme un espace qui encourage, qui favorise la participation à une réflexion sur les problèmes économiques, sociaux et politiques.
Il nous semble essentiel d'œuvrer à une nouvelle forme de contestation dans une Corse où le pouvoir public appartient à une oligarchie et où les décisions essentielles sont toujours prises dans la coulisse.
Notre démarche ne tentera donc pas de se finaliser dans la recherche d'une homogénéité démesurée, qui aboutit inexorablement à une unité illusoire et limitative. Bien au contraire nous nous inscrirons dans le respect et le souci de la diversité qui sont la garantie d'une société vivante, productive et démocratique.
Concrètement, l'action entreprise va se matérialiser par le biais de la création d'ateliers "flexibles" qui auront pour vocation de regrouper tous ceux qui sont déterminés à s'engager dans la recherche de solutions crédibles sur un thème donné. Du développement économique et social à l'agriculture mais aussi l'élevage, le tourisme, la gestion de l'environnement, le problème des incendies … tous les sujets seront abordés, sans exclusive et sans censure.
Les moyens de communication les plus divers seront utilisés. Du courrier postal au courrier électronique en passant par la télécopie et les réunions programmées ou non, nous tenterons de rendre possible et plus fluide la communication de l'information sans laquelle la démocratie n'est qu'illusoire.
Un journal en ligne ouvert à tous et interactif sera crée. Il s'accompagnera d'un forum de discussion pour donner une possibilité constante et quasi instantanée d'intervention. De façon plus large un site Internet regroupera le journal, le forum et fera la présentation de tous les dossiers traités ou en cours. Nous établirons aussi des liens avec tous ceux qui hors de corse -diaspora ou autre- ne sont pas indifférents aux problèmes de la Corse.
"Présenza Naziunale" se veut un espace de réflexion, de circulation de l'information, c'est à dire un contre pouvoir efficace, productif, capable de secouer les torpeurs, les lourdeurs que le système favorise, encourage.
"Présenza Naziunale" correspond à un état d'esprit, celui de tous ceux qui refusent de s'endormir sur les problèmes sociaux, économiques et politiques. Nous pensons comme Thucydide lorsqu'il dit : "Il faut choisir : se reposer ou être libre. " En Corse souvent plus qu'ailleurs …
Lutter contre la pesanteur c'est aussi continuer à dire qu'il existe en Corse un peuple qui s'épuise de ne pas être reconnu, qu'il existe une langue et une culture qui sont les sous produits d'une autre langue et d'une autre culture. Cette situation de négation de notre identité demeure bien évidemment inacceptable.

·Le développement économique et social.

Il est souvent présenté comme une priorité absolue dans une Corse où l'on parle beaucoup de développement économique sans jamais en produire et ou l'on préfère fermer les yeux sur les problèmes sociaux pourtant cruciaux, qui nous touchent.
Le développement économique s'il est indispensable ne doit pas être la fin de tout. Il doit s'envisager allant de pair avec un développement social et une re dynamisation du milieu associatif délaissé par tous, nationalistes compris. S'inscrire dans une démarche de réflexion sur ces problèmes veut aussi probablement dire faire l'inventaire des potentialités mal exploitées ou pas exploitées pour tenter de dessiner des schémas de développement et tracer des perspectives globales cohérentes.
Dans tous les cas notre message participe d'un courant d'idées conscient de la nécessité d'un développement économique mais auquel s'intègrerait un progrès social effectif. Il faut et il faudra insister sur la complémentarité des deux dimensions. L'une ne peut pas et ne doit pas occulter l'autre.
L éducation, la formation dans les établissements scolaire et à l'université jouent un rôle moteur, fondamental. Il faut donc envisager de participer à donner au système éducatif la place prépondérante qui lui revient et qui n'est certainement pas la sienne aujourd'hui.
Il n'est que d'observer l'impuissance actuelle de l'université à favoriser un essor. Ont doit se poser la question de savoir ce qu'est devenu l'outil que des années de luttes acharnées ont contribuées à créer.
Il faut aussi, dans la perspective d'une telle réflexion, être capable de percevoir les nouvelles formes de contestation qui refusent de laisser l'ultra libéralisme et les théories les plus dures du laisser faire, laisser passer, s'imposer comme le modèle dominant et incontournable de tout développement.

·De la nécessité de construire une économie identitaire ancrée dans la modernité.

Le concept d'économie identitaire ne peut en aucun cas être assimilé a un regard nostalgique sur un passé révolu. La réalité de ce concept est pour nous totalement différente.
Nous voulons participer à impulser une dynamique, une production, tournée vers le progrès, l'avenir, mais qui exprime de façon pleine et entière ce que nous sommes. C'est ainsi que le concept d'économie identitaire prend son sens.
Il devient alors une incitation à l'essor de la production de biens et de services, mais aussi d'actions sociales, pour s'orienter vers une société qui produit avec des exigences fortes en terme de qualité et de respect de l'humain.
L'économie identitaire doit intégrer largement les nouvelles technologies.Fréquement celles ci permettent une amélioration de la qualité et participent à une possible reconquête de l'intérieur, avec le télétravail et la reprise d'activités que l'outil informatique rend possible, dans le contexte des villages.
L'économie identitaire ne peut en aucun cas être assimilé à une conception archaïque ou anti-moderne du développement économique.
Elle est plutôt un début de réponse à tous ceux qui cherchent à entrevoir une communauté capable de créer la richesse nécessaire à une vie décente pour tous, tout en préservant et peut être demain en faisant prospérer le capital environnement.
Economie identitaire veut donc dire aussi économie responsable, soucieuse d'écologie et favorable à une meilleure répartition des richesses tant sur le plan géographique que sur le plan humain.

·La spéculation immobilière, un problème présent et à venir.

Il est banal de dire que le potentiel touristique dégagé par la Corse fait de celle ci un lieu de convoitise. Convoitise de ceux qui ont des projets touristiques souvent démesurés, peu soucieux de notre environnement. Convoitise plus personnelle de ceux qui rêvent d'un coin de paradis, de préférence au bord de mer et si possible fermé aux " autochtones " En dépit des signes forts qui leur ont été donné ces dernières années ces deux catégories " d'investisseurs " ne se sont jamais découragés. Certains ont même appris à avancer masqués, mais nous, nous avons appris à les reconnaître. Et le problème demeure… Bien entendu une résistance s'est organisée et la société civile, avec les nationalistes en figure de proue, s'est opposée résolument et souvent avec succès à ces entreprises de prédation. Actuellement un constat lucide s'impose. Nous avons freiné un processus mais nous ne l'avons pas véritablement enrayé dans la mesure ou aucune alternative crédible ne s'est développée. La nature a horreur du vide… Le marasme économique aidant ceux qui ont des visées spéculatives se parent du manteau bien commode de la volonté d'un développement économique. Peut-être finiront-ils par convaincre ceux qui n'en constatent aucun et qui en subissent le préjudice. N'avons nous pas nécessité aujourd'hui de construire un tourisme alternatif au service de notre communauté, générateur d'emplois et de prospérité et respectueux de l'environnement. Ne pas le construire c'est laisser un terrain vierge en butte perpétuelle aux convoitises. Ne pas penser un développement cohérent c'est laisser une porte ouverte au tourisme de masse façon Baléares ou Côte d'Azur. Avec le désastre écologique et social à la clef. Une opposition par la violence aux menées spéculatives traduit à moyen terme une incapacité à penser un schéma alternatif. La solution provisoire et probablement nécessaire un temps ne doit devenir la seule réponse. A moyen terme un concept de développement intelligent, bien maîtrisé reste la seule alternative possible, crédible. Nous devons être capables de penser la gestion de notre environnement en relation avec un modèle de développement. Utiliser nos potentialités sans pour autant les épuiser ou les détruire est possible. Nous éloignerions définitivement ceux qui n'ont que des visées spéculatives sans pour autant devenir une réserve ou l'humain n'a plus sa place.

·Un défi pour l'avenir : revitaliser l'agriculture et l'élevage.

Elle s'inscrit dans la problématique plus large de la gestion de l'environnement.
Le problème agricole est et demeure en Corse un problème prioritaire. L'échec entretenu en dépit des efforts répétés et considérables, des hommes et des femmes qui composent le monde agricole, démontre que l'état, la collectivité territoriale et les organismes financiers n'impulsent aucune véritable volonté cohérente susceptible d'enclencher une dynamique constructive.
On peut même évoquer une réelle mauvaise volonté productrice d'échecs.
Les chambres d'agricultures deviennent alors les boucs émissaires désignés et trop facilement incriminés, voir rendues responsables de la situation.
L'agriculture demeure donc un secteur à assainir et à développer. Un développement agricole réussit pourrait ainsi devenir le fer de lance d'un ensemble de revendications plus globales car la preuve serait faite que ce pays peut se placer sur les voies de la réussite.
Il faut rompre définitivement avec le fatalisme, la passivité et l'agriculteur doit être demain celui qui impulse et non celui qui quémande.
Il faut souligner que des exemples d'exploitations réussies existent mais ils demeurent trop marginaux et sont le fruit d'efforts considérables dans un contexte global trop défavorable.
Il faut donc contribuer à porter la réflexion sur les moyens de changer ce contexte.

· La reconnaissance juridique du peuple corse.

Le peuple corse c'est une communauté de destin !
Le peuple corse est, a toujours été et sera toujours respectueux des diversités, soucieux d'intégration et hostile à toute forme de racisme ou de collaboration au racisme.
La reconnaissance juridique du peuple corse demeure une revendication incontournable. Voté par l'assemblée de Corse en 1988 et approuvée à l'époque par Lionel Jospin elle ne peut être occultée, réduite, diminuée.
Aujourd'hui qu'elle semble reléguée aux oubliettes nous refusons de nous aligner sur une position adoptée par un petit nombre d'individus et qui consiste à nier la nécessitée d'une reconnaissance juridique du peuple corse. Et cela, au prétexte que les Corses savent bien, quoi que dise l'Etat français, qu'ils forment un peuple.
C'est un peu comme si demain nous fermions les yeux sur des violences commises au titre que les droits de l'homme existent et sont reconnus. C'est ridicule et dangereux pour l'avenir.

· Comment va se perpétuer, pérenniser notre action ?

Aujourd'hui notre initiative est la traduction de la volonté exprimée par des individus, hommes et femmes de toutes sensibilités, de continuer à développer l'œuvre entreprise par G.M Rossi.
G.M envisageait de créer un espace dédié à la réflexion, pour lutter activement, face à la contre éducation politique qui vise à faire croire au plus grand nombre que les affaires de la cité sont affaires d'experts.
Il nous disait que l'émergence de nouvelles formes de contestations correspondait à une aspiration, un désir fort et lucide d'une majorité de ceux qui forment notre communauté et que c'était donc le sens de l'histoire.
Il nous disait aussi que le combat à venir serait celui d'une dénonciation de l'oligarchie constituée qui écrase la Corse et se calque sur celle corrompue, et les dernières affaires le démontrent, qui domine la France.
Constatant que de José Bové au sous commandant Marcos de nouvelles formes d'espoir se dessinaient, il voulait apporter sa contribution à l'émergence d'une réflexion pour une société plus humaine et donc moins cynique, moins en proie aux méfaits de l'ultra libéralisme.
Sa démarche ne pouvait rester vaine et ce premier groupe de réflexion est né. Il va maintenant s'orienter vers une conduite favorisant l'écoute pour produire des actions, susceptibles d'alimenter, mais aussi d'influencer les débats concernant la vie et le devenir de notre communauté.
Des contacts ont déjà été noués dans d'autre régions pour que cette initiative soit reprise, développée et pour que tous ceux qui le désirent, soient à même de participer. Au fil des jours les objectifs se dessineront, se préciserons et les moyens mis en œuvre pour les atteindre s'affineront.
Mais il est une volonté forte qui nous anime, c'est celle de refuser de nous placer dans, ou de cautionner, des démarches de politiques politiciennes qui finalement se révèlent aussi démagogues que la démagogie claniste que nous combattons.
En définitive si nous devions résumer en quelques phrases le sens de notre démarche nous reprendrions alors ce propos d'Aristote: " Qui est citoyen ? est citoyen quelqu'un qui est capable de gouverner et d'être gouverné "